Construire un mur de soutènement est
avant tout un aménagement paysagé.
Il s’agit de réorganiser le sol en fonction de la pente dans le but de créer une surface plane sur laquelle une
culture ou un jardin pourront être implantés.
La réorganisation concerne toutes les composantes du sol, ainsi que son profil, pente et relief. La pierre et
les cailloutis en sont extraits et mis de côtés, ce seront les matériaux utilisés pour la construction du mur proprement dit. Par ce tri, la terre est bonifiée, le mur n’est là que pour la
retenir.
La plupart des gens regardent les murs de soutènement en pierre sèche comme des ouvrages de maçonnerie, or ils
sont bien plus que cela. Ils ne sont qu’un des éléments d’un aménagement beaucoup plus vaste et qui engage tout l’environnement dans lequel ils s’inscrivent*.
Le mur ne retient pas seulement la poussée de la terre, il évite son érosion, il permet une meilleure
absorption de l’eau par les sols, réduisant ainsi substantiellement la quantité d’eau de ruissellement, et pour finir il assure le drainage du terrain. Il est l’un des éléments de la gestion d’un
facteur primordial pour le terrain et sa mise en culture, l’eau.
En fait, et sans beaucoup forcer le trait, l’aménagement d’un terrain par des
ouvrages en pierre sèche a une seule obsession, la gestion de l’eau, son écoulement, sa diffusion, sa récupération et cela concerne en particulier les eaux pluviales.
Tous les ouvrages en pierre sèche sont naturellement drainants, ils récoltent l’eau et la redistribuent.
Drainer un écoulement d’eau ne le fait pas disparaître (même si il le réduit en arrosant les parties traversées), il dirige le surplus là où le drain s’arrête.
Un positionnement judicieux des ouvrages en pierre sèche sur un terrain permet de créer une circulation de
l’eau selon un réseau que l’on aura au préalable bien réfléchi.
Chaque mur récolte le ruissellement de surface au niveau de ses fondations, la fondation elle-même draine l’eau
qui s’écoule jusqu’à son point bas. Arrivée à ce niveau, si il n’a pas été prévu de poursuite du drain, elle stagne et fait une flaque. Selon la quantité d’eau (par exemple lors de pluie
abondantes ou orageuses), cette flaque et son écoulement dans la pente peut devenir problématique. Elle peut être source d’érosion du terrain, de sape des fondations, d’éboulement des murs, et
plus en aval d’inondation.
Exemple de mur dont le point bas des fondations n’a pas été poursuivi par un drain, ici après une forte pluie,
l’eau s’est accumulée et a commencé à emporter la terre en ruisselant.
C’est pourquoi chaque point bas des fondations d’un mur de soutènement en pierre sèche doit être aménagé d’un
exutoire qui permet au flux de l’eau de poursuivre sa route sans dommage pour l’aménagement.
Cet exutoire sera lui-même poursuivi par un drain dont la fonction est de diriger l’écoulement du surplus d’eau
là où il ne risque pas de créer de dommages.
Tous les drains se recoupent ainsi et créent un réseau qui finit par déboucher dans un fond de vallon où
l’eau pourra reprendre sa pente « sauvage ».
Traditionnellement le cours de ces drains passait par des bassins et des citernes (aussi appelées aiguiers en
Provence), où l’eau était récoltée et conservée pour l’arrosage lors des périodes sèches. Ces citernes faisaient partie du réseau de circulation des eaux pluviales avant leur arrivée dans le fond
de vallon. Cette pratique optimisait l’utilisation des eaux de pluie, tout en tenant compte techniquement des dégâts qu’elles pouvaient produire.
Un exemple sur ce mur dans le
Var :
Le mur fait plus de 30 mètres de long, la préparation des fondations creusées dans le sol crée une tranchée en
pente dans laquelle l’eau va s’écouler.
Les fondations du mur en pierre sèche, protégées par un géotextile qui empêchera la terre de s’infiltrer et de
combler la tranchée, vont servir de drain géant où va s’écouler tout le surplus d’eau lors des précipitations.
Toute cette eau va se regrouper au point bas du mur
Tant que le drainage n’est pas poursuivi, l’eau va se retrouver piégée là et va s’écouler sur le terrain lui-même c’est pourquoi le drain des fondations est poursuivi par un drain enterré qui permettra de diriger l’eau soit vers un ouvrage permettant son stockage, soit dans
un écoulement aménagé ( par exemple comme ici),
où elle ne pourra pas entrainer de dégradations.
Ici une ancienne citerne récoltera le surplus d’eau et la stockera
Le mur fini, le drain d’évacuation n’est plus visible. Ce travail est facilement oublié car peu spectaculaire, il est néanmoins vital pour la longévité de votre ouvrage et pour le respect des
sols sous-jacents à celui-ci.
* C'est d'ailleurs pourquoi le murailleur, aménageur pierre sèche, n'est pas un maçon, la maçonnerie du mur n'est qu'une partie de son travail, sa principale compétence réside dans
l'analyse de l'aménagement, dans la gestion des sols, du terrain, et de l'écoulement des eaux.
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Article mis en ligne le : 11 VI 09
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