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  • : un blog pierre sèche - a Dry-stone Blog
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  • : This blog allows one to obtain and share information about dry stone. It is written in the form of a notebook of a landscape gardener and shows my projects (walls, retaining walls, calades, stairs) as well as my landscaping work.
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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 09:00

Je vous fais partager dans cet article le support théorique du cours pierre sèche donné lors de sessions de formation.

(Notament: CFPPA de Carmejane à Forcalquier, Gabion à Embrun, Onze tours à Taulignan, Li bancaus d'oulivettes à Lurs, Maison de la nature des 4 frères au Beausset)

 

Qu’appelle-t-on la « pierre sèche » ?

 

Il s’agit d’un terme employé pour décrire l’ensemble des techniques d’aménagement paysager utilisant comme matériaux les éléments composant le sol, dont la pierre. Est dite « maçonnerie à pierre sèche » la réalisation d’ouvrages en pierres appareillées sans avoir recours à un quelconque mortier ou liant.

 

On parle alors de « maçonnerie à pierres sèches »

Il est ainsi possible de réaliser grâce aux techniques de maçonnerie à pierres sèches :

- des pierriers (aussi nommés clapiers)

- des murs (de clôture, de soutènement…)

- des accès (escaliers, rampes…)

- des sols (calade…)

- des ouvrages « hydrauliques » (puits, aiguiers, drains…)

- des bâtiments et autres ouvrages « techniques » (cabanes, séchoirs, apiés, fours...)

Par extension de vocabulaire certains murs maçonnés à la chaux ou au ciment sont nommés « pierre sèche », attention ils n’en ont que l’aspect car le maçon a pris soin de ne pas laisser apparaître le liant en parement.

  

Les pierres utilisées pour maçonner à pierres sèches sont généralement des pierres obtenues par cueillette ou épierrement des cultures.

 

Les ouvrages anciens construits en pierre sèche sont la plupart du temps construits avec des pierres d’affleurement (dites pierres de croûte). Remontées à la surface du terrain lors des travaux agricoles, elles étaient tout simplement cueillies mais pouvaient aussi être plus systématiquement extraites des couches superficielles lors de décaissements du sol. Ces pierres étaient plus ou moins préparées et souvent stockées en pierriers avant d’être utilisées.

 

C’est avec les seuls matériaux extraits localement du sol que les ouvrages en pierre sèche ont été réalisés depuis la sédentarisation de l’homme. La pierre sèche est en effet mise en œuvre depuis la nuit des temps notamment pour réaliser des ouvrages funéraires. Elle a connu son véritable essor au néolithique en se généralisant lors de l’extension de l’agriculture et du pastoralisme. En France, telle que nous la connaissons aujourd’hui, elle est l’héritage de la colonisation des terres de coteaux rendue nécessaire à la société paysanne à chaque expansion démographique depuis le XVIème siècle. Elle a connu son apogée à la fin du XIXème, juste avant la révolution industrielle, et son abandon suite à l’exode rural, à la mécanisation des campagnes et à l’abandon de la composante paysanne de la société.

 

De nos jours, l’approvisionnement en pierre pour la création de nouveaux ouvrages dépend souvent de pierres extraites de carrières. Les usages des aménagements paysagers en pierre sèche sont plutôt techniques ou d’agrément que liés à la production agricole.

 

 



 

Analyse de la structure maçonnée des murs en pierre sèche

 

Aucun liant/quatre règles

 

  

Sans liant ce sont le poids et les forces qui s’exercent sur et dans le mur qui vont faire la relation entre les pierres. Le but d’une maçonnerie à pierres sèches est de rendre solidaires entre elles, sous l’effet du poids et des forces, toutes les pierres d’un ouvrage.

Pour obtenir cette relation d’ensemble le murailleur applique lors de la pose de chaque pierre individuellement quatre règles de pose : l’assise, le croisement, le blocage, le pendage.

Le blocage ; s’exerce pour toutes les faces d’une pierre. En jointant les pierres entre-elles, cette règle évite qu’elles puissent bouger par un jeu latéral ou rotatif sous l’effet des poussées et perdre ainsi leur positionnement.

L’assise, permet au poids de s’exercer sans déstabiliser la pierre. Elle se définit : d’une part par un bon appui sur les pierres de dessous et d’autre part par une bonne réception de l’appui des pierres du dessus (fig. 3).

Le pendage, permet de diriger le poids de la pierre et de renforcer son effet à l’intérieur du mur (fig. 4). Dans le cas d’un mur de soutènement, il a également le résultat de présenter la pierre de façon à ce que la résultante de la poussée des terres soit redirigée en renforçant la force de cohésion des pierres entre-elles (fig. 5).

Le croisement, permet de répartir le poids sur un maximum de pierres sous-jacentes, et de recevoir le poids d’un maximum de pierres sus-jacentes (fig. 1 & 2).

Ces quatre règles principales sont perfectionnées par des règles complémentaires qui les complètent, liste non exhaustive ici:.

- Au croisement et pour le parfaire dans la profondeur du mur, on pose des dispositifs de boutisses traversantes.

- Pour assurer la dernière rangée de pierre posée sur laquelle ne s’exercera aucun poids, on pose un couronnement adapté.

- Pour permettre une assise optimum à la première rangée de pierre posée on fait des fondations s’appuyant sur un sol susceptible de recevoir le poids de l’ouvrage sans s’affaisser.

- On maçonne systématiquement les pierres en boutisse, action qui optimise l’effet du pendage et redistribue le poids vers l’intérieur du mur.

-La pose en pendage crée un fruit qui évide le mur au niveau du parement des fondations. Ceci réduit localement le poids retarde le renversement du mur.

 

Une cinquième règle, le parement, n’a pas d’effet sur la solidité du mur, c’est pourtant une règle primordiale qui touche à l’esthétique des ouvrages en pierre sèche. C’est cette dernière règle qui a permis un renouveau de la maçonnerie à pierres sèches de nos jours et qui fait que beaucoup préfèrent l’esthétique d’un mur en pierre sèche à celle d’un mur en béton.

 

L’ouvrage en pierre sèche est un monolithe

 

Les quatre règles ont pour but de mettre en œuvre le poids et les poussées qui s’exercent dans et sur le mur comme principe de cohésion entre les pierres. Elles sont appliquées et se vérifient à chaque pierre individuellement. Les forces ainsi dirigées assemblent toutes les pierres de la structure maçonnée en une seule entité.

Si les quatre règles sont réunies pour chaque pierre posée, toutes les pierres seront reliées entre elles et interagiront dans la structure sans rupture. Aucune pierre ne peut bouger alors sans conséquence sur les autres. Cette structure peut être considérée comme un monolithe composé de toutes les pierres. Mais un monolithe souple, capable de se déformer à chaque rupture formée par chacune des faces des pierres.


Une fois la structure achevée et lestée par le poids du couronnement, il n’est donc pas possible de faire bouger une pierre. Chaque pierre est en relation avec toutes les autres. Bouger une pierre, l’extraire de la structure, si l’on prend la métaphore du tissus, équivaut alors à mailler une structure tissée. A partir de ce point, toute la structure est déstabilisée à plus ou moins long terme, elle file.

 

 croisement-pierre-seche-croquis-065.jpg


fig. 1 (règle du croisement)

 

croisement-pierre-seche-croquis-067.jpg

fig. 2 (règle du croisement)

 assise-pierre-seche-croquis-076.jpg

fig. 3 (règle de l’assise) 

                

fruit-01-pierre-seche.jpg

Fig. 4 (le pendage)                                       

fruit-02-pierre-seche.jpg

Fig. 5 (le pendage)

 

 



 

 

Particularité des soutènements

 

Un mur de soutènement en pierre sèche est la plupart du temps analysé en deux parties : Le mur maçonné et le drain. Ces deux éléments forment le dispositif de soutènement.

Le mur est maçonné selon les règles vues plus haut, il est lui-même drainant. Le drain est pour sa part composé dans la plupart des cas de cailloutis plus ou moins appareillés. Ce dernier est en général mis en place entre le sol et le mur comme un éboulis stabilisé. Contrairement à l’effet recherché dans le placement des pierres pour le mur, le murailleur construit le drain afin de générer le maximum de vide entre les pierres, et de créer une structure souple dont chaque pierre est autant que possible indépendante des autres dans son mouvement. Quoique souple, la structure du drain ne doit pas permettre de tassements ou d’affaissements ultérieurs.

 

Le drain a plusieurs rôles :

Le drainage, comme sont nom l’indique. Le drain assainit l’arrière du mur et draine les écoulements d’eau. Cette fonction a également un effet sur la durée de vie des pierres composant le mur, en asséchant l’arrière du mur il évite aux pierres de la maçonnerie de s’imbiber d’humidité ce qui est particulièrement salutaire pour les pierres gélives.

Zone tampon. Par sa structure il amortit les poussées lors du gonflement des sols. Il empêche ainsi ces poussées d’agir directement sur la partie maçonnée. Il désolidarise ainsi le mur du sol.

Le filtrage, la menace la plus sérieuse pour la pérennité de la structure maçonnée en pierre sèche est l’infiltration des particules de sol. Sa solidité réside dans le vide entre les pierres. Le drain retarde l’infiltration des particules de sol dans la maçonnerie et optimise la durée de vie du mur. Il est aujourd’hui coutumier de placer un géotextile entre le sol et le drain, celui-ci permet à l’eau de s’écouler dans le drain mais ne laisse pas passer la terre.

Visitez ce lien pour approfondir le sujet :

http://pierreseche.over-blog.com/article-le-drain-d-un-mur-de-soutenement-en-pierre-seche-85069523.html

 

Le dispositif de drainage à l’arrière d’un mur de soutènement en pierre sèche est primordial pour assurer une durée optimale à un soutènement en pierre sèche.

Ceci-dit, dans les faits, les entités drain et mur ne sont pas toujours si évidemment démarqués, il est aussi possible dans certains terroirs de rencontrer des murs déjà anciens dépourvus de drains, le mur se suffisant alors à lui-même.

Ces différences sont liées à une adaptation aux sols et au stock de pierre disponibles.

 

 



 

 

La pierre

la-pierre-croquis-072.jpg 

Fig.1 

Si ce n’est pas le seul matériau constitutif des aménagements en pierre sèche, c’est bien le seul et unique utilisé pour maçonner à pierre sèche.

Le murailleur considère principalement la pierre comme un volume. Sa forme, sa taille, son poids, sa matière déterminent son utilité dans l’édifice.

Forme : L’éventail des formes que prennent les pierres est large, il dépend de la nature géologique du sol dont elles ont été extraites et des évènements climatiques et environnementaux qu’elles ont subis. Le murailleur adapte sa maçonnerie à la forme des pierres dont il dispose pour réussir à construire selon les 5 règles. Il trie et réserve également certaines pierres selon leur forme afin de les utiliser à des taches particulières dans l’ouvrage (parement/arrière du mur, mur/drain, couronnement, claveau, boutisses traversantes, pierres d’angle, cales, etc.).

Toute pierre, à moins d’être un pavé ou un galet sphérique, peut s’inscrire mentalement dans un parallélépipède (fig.1). Ceci détermine pour chaque pierre, six faces, une longueur, une largeur. La pierre ainsi perçue sera disposée afin de respecter des faces d’assise, des faces de joint, et éventuellement de parement ainsi que la pose en boutisse ou panneresse (fig.2).

 

pierre-pierre-seche-croquis-046.jpg 

Fig. 2

 

Taille et poids: Les plus petites servent à caler ou à remplir le drain, les plus grosses servent en général à encadrer la maçonnerie (fondation, couronnement, chaînages d’angle) ou à la renforcer (boutisse traversantes, linteau, contrepoids). Entre les deux, les pierres moyennes, dites pierres à bâtir.

La taille détermine le poids de la pierre, ce qui explique que le couronnement soit composé de gros volumes dès que la ressource en pierre le permet.

 

Certaines pierres sont d’une matière plus fragile ou moins pérenne, elles seront placées en fonction dans l’ouvrage.

 

 

Bibliographie sommaire:

AMBROISE, Régis ; FRAPA, Pierre ; GIORGIS, Sébastien. Paysages de terrasses. Aix-en-Provence, Edisud, 1989. 189 p.

BLANCHEMANCHE, Philippe. Bâtisseurs de paysages : terrassement, épierrement et petite hydraulique agricole en Europe du XVIIe au XIXe siècle. Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 329 p.

BROMBERGER, Christian ; LACROIX, Jacques ; RAULIN, Henri. L’architecture rurale française : Provence. Paris, Berger-Levrault, 1980, 357 p.

BROOKS, Alan ; ADCOCK, Sean. Dry stone walling: a practical handbook. Ed. British Trust for Conservation Volunteers, 2004, 160 p.(attention ouvrage en anglais)

CAGIN, Louis ; NICOLAS, Laetitia. Construire et aménager en Pierre sèche. Paris, Eyrolles, 2010

CAPEB. Pierre sèche. Lyon, ENTPE, 2008, 157p.

COIGNET, Jean ; COIGNET, Laurent. Maçonnerie de pierre : matériaux et techniques, désordres et interventions. Paris, Eyrolles, coll. Au pied du mur, 2007, 116 p.

COSTE, Pierre ; MARTEL, Pierre. Pierre sèche en Provence. Mane, Les Alpes de lumière, n°89/90, 1986, 94 p.

COSTE, Pierre ; SETTE, René ; CORNU, Claire ; LARCENA, Danièle ; EMERY, François-Xavier. Pierre sèche. Manosque, Le Bec en l’air, 2008, 160 p.

Fondation Actions en Faveur de l’Environnement. Murs de pierres sèches. Manuel pour la construction et la réfection. Vienne, Ed. Haupt, 1996, 83 p.

LASSURE, Christian. La maçonnerie à pierres sèches : vocabulaire. CERAV, coll. Études et recherches d’architecture vernaculaire, n°22, 2002, 53 p.

LASSURE, Christian. La pierre sèche mode d’emploi. Paris, Eyrolles, coll. Chantiers pratiques, 2008, 72 p.

LASSURE, Christian ; REPERANT, Dominique. Cabanes en pierre sèche de France. Aix-en-Provence, Edisud, 2004, 247 p.

MAGNAUDEIX, Irène. Pierres assises, pierres mouvantes. Mane, Les Alpes de lumière, n°144, 2002, 191 p.

MASSOT, Jean-Luc. Maisons rurales et vie paysanne en Provence. Arles, Actes Sud, 2004, 287 p.

Musée des Arts et Traditions Populaires de Draguignan. La pierre apprivoisée : la pierre sèche dans le Var. Draguignan, Musée des ATP, 2005, 35 p. (épuisé, consultable sur internet)

ROUVIERE, Michel. La restauration des murs de soutènement de terrasses. Parc National des Cévennes, coll. Les cahiers pratiques, 2002, 40 p.

SETTE, René ; PAVIA, Fabienne. Calades : les sols de pierre en Provence. Manosque, Le Bec en l’air, 2002, 128 p.

VILLEMUS, Boris. Étude des murs de soutènement en maçonnerie de pierres sèches. Thèse de doctorat, Institut National des Sciences Appliquées, Lyon, 2004, 225 p. (consultable sur internet)

 

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Sites Internet français spécialisés pierre sèche :

http://www.pierreseche.com

Site très complet créé et mis à jour par Christian Lassure, historien, spécialiste de la pierre sèche. Vous y trouverez tout ce qui a trait à l’histoire de la technique de la pierre sèche, un journal de la pierre sèche et plus encore ...

http://www.pierreseche.net

Site créé et animé par Gilles Fichou (association Pierres d’Iris). Très complet lui aussi et très complémentaire avec celui de Christian Lassure car on y trouve davantage d’informations pratiques, (carrière, répertoire de maçon…)

http://pierreseche.over-blog.com

Blog pierre sèche, conçu comme un carnet de réalisations d’un maçon de pierre sèche.

 

Vous trouverez sur ces trois sites de nombreux autres liens qui vous donneront accès à la majeure partie de ce qui a trait à la pierre sèche sur le net.

 

 

 

 

Article mis en ligne le 22 avril 2012

mis à jour le 16 juillet 2015

 

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Published by L. G. - dans Pratique
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commentaires

Daniel 16/04/2014 00:19

Bonjour L.G., j'hésite à me lancer mais la lecture de votre blogue me pousse à le faire...
Il paraît que mon grand-père espagnol était un murailleur de renom mais j'ai peur que la génétique ne m'aide pas beaucoup...
Vous me donneriez un petit coup de pouce ?
Deux trois tuyaux et des encouragements ?

L.G. 16/04/2014 17:47

à vous de voir sinon vous pouvez aussi me contacter directement via le contact du blog

Daniel 16/04/2014 13:58

J'attends de lire votre livre ?
Je viens vous voir ?
Je vis à la Garde près de Toulon.

L.G. 16/04/2014 07:36

bien sur Daniel!

geay 07/02/2014 22:58

Merci pour la technique.

L.G. 08/02/2014 11:57

de rien geay, ce blogue est fait pouer cela,
bonnes pierres

DiDius 27/04/2012 09:43


je t'appelle ce week end sans faute ;)

L. G. 27/04/2012 10:01



ca marche



DIDIUS 24/04/2012 16:09


Merci Maître, je vais pouvoir m'améliorer ;)

L. G. 25/04/2012 17:32



hi didius, essaie de me telephoner que je passe te voir, suis vers toulon en ce moment


à +