Je vous fais partager dans cet article, le support d'un cours de 2h00 sur la "pierre sèche".
Qu’appelle-t-on la « pierre sèche » ?
Il s’agit d’un terme employé pour décrire l’ensemble des techniques de réalisation d’ouvrages utilisant la pierre pour seul matériau et sans avoir recours à un quelconque liant.
On parle alors de « maçonnerie à la pierre sèche » ou de « maçonnerie à sec »
Il est ainsi possible de réaliser grâce aux techniques de la maçonnerie à pierre sèche :
- des murs (de clôture, de soutènement, de puits et citerne…),
- des sols (calade…),
- des bâtiments (que l’on appelle généralement « bories », mais qui peuvent avoir d’autres appellations selon l’utilité pour laquelle ils ont été construit, et la langue de la région où ils se situent).
- du stockage de pierre par la construction de pierriers
Par extension certains murs maçonnés à la chaux ou au ciment sont dit « pierre sèche » car ils en ont l’aspect et le maçon a pris soin de ne pas laisser apparaître le liant sur le parement .
Les pierres utilisées pour maçonner à la pierre sèche sont généralement des pierres obtenues par l’épierrement des cultures.
Les ouvrages anciens construit en pierre sèche sont la plupart du temps construits avec des pierres d’affleurement, remontées à la surface du terrain lors des travaux agricoles ou autres. Ces pierres étaient alors plus ou moins préparées et stockées en pierriers avant d’être utilisées selon les besoins pour réaliser les ouvrages maçonnés à la pierre sèche.
De nos jours l’approvisionnement en pierres pour la création de nouveaux ouvrages dépend souvent de pierres extraites de carrières.
La maçonnerie à la pierre sèche doit répondre à des exigences très précises pour être solide.
Dans une maçonnerie traditionnelle employant un liant, par exemple un mortier de chaux, le positionnement des pierres dans l’ouvrage est moins important et moins méticuleux. Le liant assure le calage de la pierre et la structure de l’ensemble du mur.
Pour obtenir un tel résultat avec de la maçonnerie à la pierre sèche il faut être très minutieux avec chaque pierre et s’assurer qu’un grand nombre de facteurs sont respectés à chaque pose, le mur formant un ensemble où chaque pierre, séparément et en interaction avec les autres, joue un rôle.
Voici quelques uns des plus importants :
- commencer par une fondation stable,
- bien caler chaque pierre avec les autres, pour éviter qu’elle soit mobile et instable,
- s’assurer de son assise, pour faire porter le poids par les pierres de dessous sans les déstabiliser,
- toujours croiser avec les autres pierres du murs, pour donner au mur une structure adaptée à la résistance des poussées qui s’y exercent.
- utiliser des boutisses régulièrement disposées dans l’ouvrage. Elles permettent la liaison entre les différentes parties du mur.
- tailler si nécessaire les pierres pour que leurs faces soient suffisamment plates et permettre ainsi aux pierres que l’on posera dessus de reposer de façon stable.
- Penser à donner du fruit au mur à chaque pierre pour répartir son poids dans l’ensemble de l’ouvrage, et permettre à l’ouvrage de résister aux poussées qui s’exercent sur lui
- Prendre grand soin du couronnement du mur, qui non seulement finit esthétiquement le mur mais achève aussi de le stabiliser.
Un exemple de restauration de mur maçonné à la pierre sèche
La reconstruction d’un mur de soutènement écroulé
Présentation du chantier
Nous sommes en présence d’un mur de soutènement dont l’appareillage est dit « horizontal et régulier » c’est à dire que les pierres d’un même rang sont choisies de même épaisseur.
Le mur est presque entièrement éboulé. Avec le temps et les intempéries, la terre s’est infiltrée dans le mur puis les racines et cela a contribué a le disloquer.
La partie à reconstruire mesure environ 1,5 mètre de haut par 3 mètres de long.
Préparation du chantier
Nettoyer le mur jusqu'à sa base de la terre et des racines qui se sont infiltrées. Retirer toutes les pierres instables et remonter la terre.
Trier les pierres par grosseur et par forme :
- Les pierres de parement en les classant par épaisseur
- Les pierres informes ou sans façade qui constitueront la maçonnerie intérieure et le drain, en les classant par grosseur.
- Les petites pierres, cales et éclats qui serviront au drain ou à caler les pierres plus grosses et à assurer leur stabilité.
L’outillage
Les outils utilisés se réduisent à peu de chose :
- Une pelle et une pioche pour le terrassement et l’épierrage.
- Un têtu pour dégrossir les pierres.
- Un cordeau pour l’alignement.
- Des seaux que l’on remplira de cales pour en avoir constamment à disposition et qui serviront au transport des pierres et de la terre.
- Un râteau pour la touche finale

La mise en œuvre
Une fois le nettoyage achevé, on peut reconstruire.
Les plus grosses pierres servent à la fondation.
Lors de la construction, et en l’absence de liant venant sceller les pierres entres elles, il faut chercher pour chaque pierre les meilleurs appuis sur les pierres du dessous et celles qui l’encadrent. Il faut ensuite caler partout où une pierre n’est pas bien appuyée sur les autre pierres du mur.
Il ne faut pas craindre de changer plusieurs fois de pierre pour trouver celle qui convient le mieux.
Il faut « Croiser » les pierres pour solidariser
l’ouvrage.
Mettre les pierres en piles ou aligner plusieurs joints successifs c’est créer un coup de sabre qui risque d’enlever sa cohérence au mur.
Le mur n’est pas vertical, il faut lui donner du fruit, c’est à dire un faux aplomb (photo ci-dessus)
Placer tous les mètres carré du mur au moins une grande boutisse, longue pierre qui traverse le mur de part en part. Faute de pierres assez longues on peut superposer deux demi-boutisses dont les queues se recouvrent et adhèrent l’une à l’autre.
Placer autant que possible les pierres perpendiculairement au mur (la plus petite face en façade)
De petites cales peuvent être introduites dans le mur déjà en place pour achever de bloquer les pierres.
Arc de décharge
Il est recommandé de construire des arcs de
décharge sur les points de faiblesse. Dans le cas de ce mur, nous en avons construit un pour éviter de s’appuyer sur la roche mère, friable et en pente vers l’extérieur du mur.
Point qui semble d’ailleurs avoir été à l’origine de l’éboulement du mur ancien.
Pour supporter les pierres de l’arc de décharge pendant leur mise en place, construire un coffrage (ici avec les moyens du bord, terre, pierres, branchages). Le coffrage a été recouvert de feuillage pour retenir une couche de terre.
Poser les pierres en délit (strates disposées verticalement) puis les bloquer à l’aide de petites cales. Une fois l’arc solidement bloqué par le poids du mur on retire le coffrage.
Si l’arc a été bien construit aucune pierre ne doit tomber. Elles sont solidarisées par leur propre poids.
Le couronnement
Le couronnement constitue le rang final de l’ouvrage. Il sert à charger le
haut du mur et à l’empêcher de se disloquer. Il termine le travail avec élégance.
Il empêche le mur d’être emporté par le passage des bêtes.
Les pierres doivent être assez régulières, plus grosses, larges et lourdes
que les rangs qu’elles viennent charger et chaîner.
Le mur fini
Arase et Couronnement : Le couronnement est le rang terminal de pierres en haut du mur, il chaîne horizontalement et charge la maçonnerie inférieure. La transition entre le haut du mur et le couronnement se fait au moyen d’une arase, couche de pierres disposées de façon à former un plan horizontal sur lequel sera posé le couronnement.
Arc de décharge : Il s’agit de pierres posées en délit et qui forment une voûte. On les dispose ainsi pour éviter d’appuyer un mur sur une assise peu stable, pour réduire le poids d’un mur trop imposant, ou pour reporter ce poids sur des zones plus stables.
Boutisse : Une boutisse est une pierre de parement qui s’enfonce profondément dans l’épaisseur du mur.Une boutisse est dite traversante quand elle traverse tout un mur et présente ses deux faces en parement.
Chaînage d’angle : Se dit de blocs superposés formant un angle par alternance de boutisses et de panneresses.
Coup de sabre : Il s’agit d’un défaut de la construction. Les pierres doivent se croiser à chaque rang, si on ne le fait pas on obtient cette coupure verticale qui peut créer une lézarde dans la structure du mur.
Drain : Le drain est nécessaire au mur de soutènement. Il est composé de pierrailles. Il fait tampon entre le mur et le sol, il draine l’eau d’écoulement et absorbe les variations de volume du terrain selon les saisons et les conditions climatiques.
Fruit : Les murs ne sont généralement pas d’aplomb et présentent un fruit, c’est à dire une légère inclinaison vers l’intérieur de la maçonnerie .Le fruit est facilement obtenu en en posant les pierres avec une légère inclinaison, appelée dévers, vers l’intérieur de la maçonnerie.
Liant : La chaux, le ciment sont des liants matériaux qui permettent de solidariser les pierres entres elles. Le mélange du liant avec du sable et de l’eau donne le mortier.
Lit et délit : La formation de la pierre lui donne une structure et une composition. Pour les pierres composées de strates, on dit poser les pierres dans leur lit si l’on respecte celui-ci en les posant parralèle à l’horizontale, ou en délit si on les pose à la verticale.
Mur de soutènement : Mur qui retient le terrain, il doit résister à la poussée que celui-ci exerce.
Panneresse : Une panneresse est contrairement à la boutisse une pierre dont on place la longueur en parement.
Parement : Le parement est la face extérieure du mur, la partie du mur à vu.
Rang : Lors de la construction, les pierres sont mises en rangs, plus ou moins réguliers. Cela influe sur l’esthétique finale du mur réalisé.
(grand merci à Nicolas)


